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Rousseau : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (Résumé)

Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau est aussi appelé le Second Discours. Nous utiliserons régulièrement, dans cet article, ce raccourci pour des raisons pratiques.

Le second discours est intéressant pour plusieurs raisons. D’abord, il pose la question de l’inégalité au sein de nos sociétés. Sommes-nous inégaux par nature ou par institution ? Et d’où naissent les inégalités ?

Deuxièmement, car le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est une profonde critique des sociétés qui, de part sa force, raisonne encore à notre époque.

Enfin, il s’agit du texte qui a confirmé Rousseau dans la sphère littéraire. Il s’était déjà construit une réputation avec le premier discours. Celui-ci appuie sa légitimité.

Pour information : Pour ma part, j’ai lu l’édition Garnier-Flammarion (ici) avec la présentation de Blaise Bachofen et Bruno Bernardi. Elle est très bien. Néanmoins, le second discours est disponible gratuitement sur le site de la BNF et en version audio sur YouTube.

Résumé de l’oeuvre : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau

À l’état de nature, l’homme est bon. Il vit de manière simple, nomade, solitaire et ne se préoccupe pas de l’avenir. Il vit de peu et s’en contente. Les différences naturelles (forces, esprit, santé…) existent, mais ont peu d’influence.

Si je me suis étendu si longtemps sur la supposition de cette condition primitive, c’est qu’ayant d’anciennes erreurs et des préjugés invétérés à détruire, j’ai cru devoir creuser jusqu’à la racine, et montrer dans le tableau du véritable état de nature combien l’inégalité, même naturelle, est loin d’avoir dans cet état autant de réalité et d’influence que le prétendent nos écrivains.

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau (Première partie)

Avec les premières propriétés, l’homme devient sédentaire et s’entoure d’un confort inutile dont il ne pourra bientôt plus se passer. Les terrains se peuplent et les hommes commencent à vivre ensemble. Il commence à faire des réserves et des échanges avec leurs voisins. Ils se regardent, ils se comparent, ils se jalousent. Le plus beau, le plus adroit, le plus fort, le plus éloquent, devient le plus considéré.

Dès lors, l’estime eut un prix : celui du bonheur et de l’innocence. Pour être distingué, il faut avoir des talents ou faire semblant de les avoir. Les différences de talents créent des différences de richesses. Les premières inégalités apparaissent. Le vice, l’envie, la jalousie, la vanité et le mépris, aussi.

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire: Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: «Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne».

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau (Seconde partie)

Pour lutter, les pauvres s’unissent, pillent, font la guerre aux riches. Face à cette situation, les riches eurent la belle idée de proposer aux pauvres d’unir leur force et de respecter un règlement de paix et de justice. En acceptant, voilà comment les pauvres se sont donné des maitres; et comment les maitres ont pu garantir leur domination et faire prospérer leurs richesses.

Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l’horreur d’une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur rendait leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et où nul ne trouvait sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, il inventa aisément des raisons spécieuses pour les amener à son but. «Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l’oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appartient. Instituons des règlements de justice et de paix. (…) »
Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d’ailleurs avaient trop d’affaires à démêler entre eux pour pouvoir se passer d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition, pour pouvoir longtemps se passer de maîtres.

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau (Seconde partie)

Les sociétés ont scellé les inégalités, assujetti tout le genre humain, laissé les guerres prendre une ampleur nationale. La société n’offre qu’un assemblage d’hommes artificiels et de passions factices. Ils ont troqué le bonheur d’une vie simple et libre, au seul plaisir de dominer son prochain.

D’ailleurs, les citoyens ne se laissent opprimer qu’autant qu’entraînés par une aveugle ambition et regardant plus au-dessous qu’au-dessus d’eux, la domination leur devient plus chère que l’indépendance, et qu’ils consentent à porter des fers pour en pouvoir donner à leur tour.

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau (Seconde partie)

Quand le sage ne respire que le repos et la liberté, le citoyen toujours actif sue, s’agite, se tourmente et cherche des préoccupations toujours plus laborieuses. Il est avant tout fier de son esclavage. Il ne tire son existence qu’à travers le jugement que la société porte sur lui.

Qu’est-ce que l’Homme à l’état de nature ?

L’état de nature est un état hypothétique antérieur aux sociétés. Le second discours est composé de deux parties. Dans la première partie Rousseau revient sur l’Homme à l’état de nature afin de déterminer la vraie nature de l’Homme. Avons-nous toujours été inégaux (par nature) ?

Couverture du Léviathan de Thomas Hobbes
Couverture du Léviathan de Thomas Hobbes

Cette réflexion sur l’état de nature est intéressante pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle remet en cause la pensée d’Aristote sur l’homme animal politique, naturellement en société. Deuxièmement, parce que Rousseau est en désaccord avec Thomas Hobbes, père fondateur du contractualisme social.

Comment Thomas Hobbes imagine les premiers hommes ?

Thomas Hobbes imagine les hommes égaux par nature, mais mauvais. Puisque les hommes sont égaux et puisqu’ils sont régis par les même passions alors ils se font la guerre pour se départager. L’état de nature pour Hobbes est un état de guerre.

Comment Rousseau imagine les premiers hommes, à l’état de nature ?

Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau
Portrait de Rousseau

Pour Rousseau, il s’agit du contraire. Les Hommes sont bons par nature. Ils ne sont pas agressifs (au contraire plutôt timides), ils apprennent à vivre avec les autres animaux, ils se contentent de peu. Ils font preuve d’un amour de soi (qui les poussent à la survie) et de pitié (qui les poussent à la compassion auprès de leurs semblables). En revanche, ils ne sont pas tous égaux, certains ont des capacités cognitives plus élevées, d’autres une meilleure santé, d’autres plus de forces etc. Mais, ces inégalités, à l’état de nature sont insignifiantes pour deux raisons.

Premièrement, car en vivant au jour le jour, l’Homme a besoin de peu. Seules la raison et l’ambition mèneront l’Homme à faire des plans, à être en constante insatisfaction, à vouloir toujours plus. L’effet cumulé des plans à long terme laisse apparaitre les différences de talents. Si je suis capable de mettre de côté un petit peu tous les jours (car je suis plus talentueux), alors à long terme il y a de grandes différences entre moi et ceux qui n’en sont pas capables. À l’inverse, si je consomme tout tous les jours, alors les différences ne sont pas visibles.

Elles sont d’autant moins visibles si j’opte pour un mode de vie solitaire où je n’ai personne avec qui me comparer.

Ainsi, pour Rousseau, l’Homme à l’état de nature est bon; et vit de manière simple et paisible. C’est seulement lorsqu’il devient sociable, qu’il devient méchant et vicié.

Pourquoi la société corrompt l’individu ?

L’Homme en société est interdépendant. Il s’est assujetti à de nouveaux besoins dont il ne saurait se passer maintenant : habits, logement… Il n’est plus capable de subvenir à ses besoins (comme il le pouvait à l’état de nature).

De plus, la société se plait à peindre notre imagination de nouveaux désirs. Pour s’accommoder des biens qu’ils lui sont utiles et jouir de ses nouvelles passions, il doit commercer et se distinguer pour s’enrichir.

Seulement, tous ne sont pas dotés des mêmes qualités naturelles. Ces qualités : soit il les a, soit il fait semblant de les avoir ou use du vice et de la ruse.

Il n’épargne rien, ni ses valeurs, ni ses amis, ni sa famille pour avoir l’honneur de servir les riches qu’il hait. Il fait la cour aux puissants qu’il méprise. Il parle avec dédain des campagnards, des pauvres, de tous ceux qui n’ont pas sa prétendu hauteur. Il troque la vertu pour de petites politesses. Il se vante orgueilleusement de sa bassesse. Il travaille jusqu’à la mort, il y court même.

Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes ?

Du Contrat Social, Rousseau
Du Contrat Social, Rousseau

L’origine des inégalités est naturelle. Les hommes ne sont pas égaux. Certains sont plus grands, plus petits, plus larges, plus intelligents…

Ces inégalités n’ont pas d’incidence dans un mode de vie simple et solitaire. Elles en ont en société. Les uns et les autres se comparent et les différences naturelles débouchent sur des différences de richesses.

Pour éviter un état de guerre, les riches auraient, d’après Rousseau, eu l’idée de créer des lois auxquels tout le monde se soumettrait. Ces lois proviendraient forcément des riches puisqu’ils sont les seuls à en tirer les plus grands avantages : prospérité et sécurité.

Il suit de cet exposé que l’inégalité, étant presque nulle dans l’état de nature, tire sa force et son accroissement du développement de nos facultés et des progrès de l’esprit humain et devient enfin stable et légitime par l’établissement de la propriété et des lois.

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau (Seconde partie)

Ainsi, les inégalités sont fixés. Rousseau rédigera, quelques années plus tard, Du Contrat Social, un traité politique pour combattre les inégalités et construire une société plus juste, avec pour souverain la volonté générale.


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